Le travail debout est rarement compté comme un risque à part entière. Il n’a pas d’accident spectaculaire à son actif, pas de seuil réglementaire clair, pas de case dédiée dans la plupart des documents uniques. Il use lentement, et c’est précisément ce qui le rend difficile à voir.
Les enquêtes publiques, elles, le mesurent depuis longtemps.
Ce que l’on sait
Plus de 5 millions de salariés en France travaillent debout ou piétinent au moins vingt heures par semaine. C’est le chiffre de l’enquête SUMER, reprise par l’INRS en 2024.
51 % des salariés déclarent rester debout de manière prolongée au travail, selon l’enquête Conditions de travail de la DARES. Un sur deux.
18 % des actifs jugent cette position « pénible » ou « fatigante » - enquête SUMER 2017, également DARES. L’écart avec le chiffre précédent mérite qu’on s’y arrête : être debout longtemps ne devient une plainte que dans une partie des situations. C’est là que se joue tout l’intérêt d’une évaluation par poste.
Environ 30 000 salariés par an sont reconnus en incapacité permanente pour des troubles physiques liés à leurs conditions de travail (INRS, juin 2025). Tous ne relèvent pas de la station debout, loin de là. Mais ces reconnaissances arrivent au bout d’un processus long, et rarement d’un événement unique.
Ce que les chiffres ne disent pas
Aucune de ces enquêtes ne dit pourquoi tel poste use et pourquoi le poste voisin, apparemment identique, n’use pas. Elles décrivent une exposition, pas une situation.
Ce qui fait la différence tient à des éléments qu’aucune statistique nationale ne capte : la possibilité de s’appuyer ou non, la nature du sol, la marge pour changer de position sans sortir de la cadence, la hauteur du plan de travail par rapport au geste réel, l’existence d’un endroit où poser un pied.
C’est aussi pour cela qu’un chiffre national ne fonde pas un plan d’action. Il justifie qu’on regarde. Regarder, c’est le travail suivant.
Comment aborder le sujet
Trois ouvertures simples, pour une entreprise qui souhaite traiter cette problématique :
La première : l’absence de plainte ne prouve rien. Les compensations posturales sont silencieuses et progressives, et les salariés concernés les intègrent à leur métier avant de les signaler.
La deuxième : le sujet est mesurable. Une exposition se quantifie, une contrainte posturale s’observe, et l’écart entre deux relevés se chiffre. C’est ce qui permet de prioriser sans arbitrer à l’intuition.
La troisième : il se traite poste par poste. Une politique générale sur le travail debout n’existe pas ; ce sont des situations concrètes qui s’améliorent, une par une.
Sources. INRS, enquête SUMER 2024 · DARES, enquête Conditions de travail · DARES, enquête SUMER 2017 · INRS, juin 2025.